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La Métaphore chez Ricoeur et Derrida

Contributions à des ouvrages : 
 
°septembre 2011  
Nanine Charbonnel, ''Peut-on parler d’un rôle négatif de l’herméneutique biblique sur la théorie ricoeurienne de la métaphore ? '', in 
Paul Ricoeur : un philosophe lit la Bible : à l'entrecroisement des herméneutiques philosophique et biblique, ouvrage collectif dirigé par Pierre Bühler et Daniel Frey, Genève : Labor et Fides, 2011, pp.107-121 
 
Une mise en question argumentée de la théorie ricoeurienne de la métaphore 
 
Lien vers http://www.laboretfides.com/?page_id=3&product_id=687087  
 
CR sur cet article dans Daniel VIDAL, « Pierre Bühler, Daniel Frey (dir.), Paul Ricœur : un philosophe lit la Bible. À l’entrecroisement des herméneutiques philosophique et biblique », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 164 | 2013, mis en ligne le 06 septembre 2013 :  
Lien vers http://assr.revues.org/2518 
 
{Extrait] "6 Peut-on dire de la métaphore élevée au rang de référentiel sans absolu, qu’elle définit un discours philosophique dégagé de tout ancrage biblique ? L’analyse conduite par Nanine Charbonnel constitue la critique la plus argumentée de cette thèse, et ouvre au centre de l’ouvrage un questionnement inédit. Ne remettant pas en cause l’identification thomiste « de l’ontologique au divin », la Métaphore ricœurienne « enrichit l’ontologique », le philosophe ne traitant jamais « les énoncés métaphoriques » en termes de « compréhension », mais d’« interprétation herméneutique ». Ce qui apparaît comme expressions-limites dans la Bible est tenu à tort pour métaphore, aussitôt « exhaussée vers du spéculatif, vers une redescription ontologique ». Lorsque Ricœur écrit que « l’extravagance [du texte biblique] déporte le sens littéral vers le sens métaphorique », et qu’ainsi la Métaphore, conclut N. Charbonnel, « atteindrait mieux l’être que ne le ferait le concept » – à coup sûr l’herméneutique ainsi mise en doute apparaît-elle tout entière sous la dépendance de la théologie chrétienne. Le « théologique » de Ricœur pourrait bien être alors « sa théorie du métaphorique ». Critique radicale." 
 
 
 
 
°2009 
Nanine Charbonnel, « Dérives philosophiques de la théorie de la métaphore : Ricoeur et Derrida sur de mauvais radeaux », in D.Jamet (dir.), Dérives de la Métaphore, (colloque de Lyon, Octobre 2006), Paris : L'Harmattan, 2009, pp. 211-226  
 
 
Dérives philosophiques de la théorie de la Métaphore : 
Ricœur et Derrida sur de mauvais radeaux
 
 
Nanine CHARBONNEL  
 
Professeur de Philosophie à l’Université de Strasbourg 
 
Ici seulement l' Introduction  
 
 
Il est (il était) de notoriété publique que les disciples de Ricœur et ceux de Derrida ne sont pas les mêmes, et appartiennent à des courants de pensée non seulement différents, mais souvent opposés. Celui qui croyait au Ciel et celui qui n'y croyait pas ; celui qui est pris à partie par les étudiants de Nanterre en 68, et celui que ses disciples révèrent comme le prophète de la Déconstruction, laquelle apparaît gage de contestation infinie. 
 
Or, paradoxe peut-être du changement de génération, un petit livre vient de paraître, en juin 2006, dont j’ai pris connaissance tout dernièrement, bien après avoir proposé mon sujet d’intervention ici, et qui traite du problème même qui nous occupe, Ricœur et Derrida. Les enjeux de la Métaphore. Après une excellente analyse d’une centaine de pages des deux séries de textes, analyse à laquelle je renvoie ceux qui voudraient un premier guide pour lire les textes croisés de nos deux auteurs, ce petit livre aboutit à la conclusion qu’on peut les utiliser l'un et l'autre conjointement, en ce que la métaphysique de l'imagination du premier serait fort compatible avec la philosophie de l’impossible du second. Très astucieusement, le jeune auteur, Jean-Luc Amalric, propose en effet de lire les textes de Derrida (lequel, on le sait, ne veut jamais affirmer des thèses, mais dit constamment que cela est et n’est pas), propose donc de le "sauver", en le lisant avec les notions que Ricœur a élaborées au sujet de la "vérité métaphorique", c'est-à-dire un énoncé en constante tension1.  
 
La lecture de ce petit livre passionnant me fait juger encore plus urgent de proposer une thèse toute différente. Ma position va être l'inverse même de la sienne : non, Derrida et Ricœur n’ont pas raison tous deux, ils ont tort tous deux, et bien loin qu’on puisse sauver Derrida avec des conceptions de Ricœur, il faudrait plutôt les "déconstruire" (beau mot que je refuse de laisser aux derridiens) l'un et l'autre. 
 
Plus profondément, si Jean-Luc Amalric peut ainsi "gauchir" la pensée de Ricœur, c'est sans doute parce qu’elle présente une faiblesse profonde sur cette question de la Métaphore, et précisément une incertitude qui fait qu’on peut l’utiliser ainsi. En tout cas, ils partagent, malheureusement à mes yeux, plus de traits qu’on ne le croit.  
 
Ricœur et Derrida : l'un est chrétien, l'autre nominaliste, c'est-à-dire encore plus fidéiste. Leur duel exprime, il me semble, les deux faces opposées mais solidaires de ce que j’appellerais "l'idéologie métaphysique du Verbe" : celle qui croit au ciel de l'être, celle qui n'y croit pas, mais tous deux attachés (et le second d'autant plus) au sacre du verbe.  
 
La Métaphore comme signe d’impossibilité-à-être de la métaphysique (Derrida), ou la Métaphore comme permettant à la métaphysique d’aller jusqu'au bout d’elle-même (Ricœur) : on a peut-être à faire avec eux à deux cultes opposés mais … analogues de la déesse Métaphore, sainte chrétienne dans le cas de Ricœur, divinité païenne du côté de Derrida, mais dans les deux cas révérée comme dévoilant, comme disant le dernier secret de l'être, — ou du non-être. L'un et l'autre ne seraient-ils pas encore victimes du culte du saint Langage, et de l’illusion d’un fin mot de l'histoire, en l'occurrence son équivocité foncière ?  
 
la suite dans le livre... 
 

 

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Modifié en dernier lieu le 3.05.2015